Un atelier d’écriture, un journal d’espérance

Au cœur d’une longue nuit noire qui ne cesse de durer, au cœur d’une nuit cauchemardesque qui révèle au monde les traîtrises, les guerres, les lâchetés des hommes, les enfants de Troie errent. Ils sont seuls. Leur père est mort. Leur mère a disparu, esclave des guerriers vainqueurs. La rancune d’Hécube ne leur va plus. Un seul cri :  ils voudraient vivre, pouvoir vivre ! 

Ils sont jeunes, ils sont beaux et leur désir jaillit de ce chaos sans nom. Ils posent un regard empli de confiance sur ce monde qui les rejette, qui tue, qui ferme tout imaginaire. Leur volonté de changer l’irréparable commis par leurs ancêtres est implacable. Parce qu’ils sont des enfants et que l’avenir leur appartient… Dire non, ce non d’Antigone qui habite notre mémoire et qui résonne encore aujourd’hui, c’est aussi en finir avec les ruines du passé et accepter de construire sur les cendres. Ainsi le nouveau monde repose sur cette mémoire qui ne doit pas empêcher d’agir mais au contraire qui nous tient éveillés, à l’écoute et qui porte l’imaginaire du maintenant… La route est longue encore mais l’enfance qui est en eux est leur force. L’atelier d’écriture a permis d’aller chercher les mots cachés sous les décombres.

Chacun des enfants a tenu son journal d’espoir. Ensevelis sous les cadavres, oppressés sous un ciel noir, les mots ont apporté un espace de respiration. Le regard s’est fait plus précis et témoigne des minimes changements : le soleil se lève un peu plus tôt, des sourires naissent sur les visages de ceux qui sont amoureux, l’envie d’aller se baigner nu à minuit, quelques fleurs s’ouvrent à la lumière, un chant d’oiseau… De manière très simple, les mots se sont attachés à dire les petits détails du quotidien. Le jour est précisé, accompagné d’un fragment, souvent quelques phrases. L’accent est mis sur un signe discret du monde en train de renaître et l’émotion qui émane de la découverte de se sentir vivant. Je me souviens de la fin de l’atelier où les élèves, debout sur les chaises d’une salle de classe, lisaient leur journal, dans un ordre tout à fait lié au hasard. Chacun prenait la parole pour faire retentir cet espoir nouveau, haut et fort.

Vendredi Ce soir, je suis sortie et un vent a soufflé, léger. Un vent que je n’ai plus senti sur mon visage depuis longtemps. Ce vent à l’intérieur de moi m’a redonné espoir et courage !

Mercredi après-midi De l’herbe a poussé sur les ruines.

Lundi Tout revit, les arbres refleurissent, l’atmosphère est moins lourde.

Mardi Nous ne sentons plus les odeurs de fumée et de brûler. Les autres recommencent à prendre goût à la vie !

Jeudi Pour la première fois depuis longtemps, Danaï m’a regardée dans les yeux et elle n’a pas pleuré.

Samedi Le ciel n’a aucun nuage. Je n’ai pas les mains moites aujourd’hui.

Jeudi matin J’ai vu un oiseau multicolore. Il s’est posé sur un amas de pierres puis s’est envolé.

Mercredi Hier soir, le coucher du soleil était immense. Il engloutissait le ciel.

Lundi Ce matin, le chant des oiseaux m’a réveillée avec le sourire. En plus il fait beau ! On va sûrement aller se promener !

Mardi Astyanax était un peu triste. On est allé jouer dans les vagues pour lui redonner le sourire.

Lundi Tout revit, les arbres refleurissent, l’atmosphère est moins lourde.

Vendredi J’ai marché sur la plage. J’ai écouté le bruit des vagues. J’ai mis mes pieds dans l’eau. J’ai regardé le soleil se coucher.

Lundi Ce matin je me suis réveillée joyeuse et je ne sais pourquoi…

Jeudi Le vent guide mes pas au hasard. Au détour d’une rue j’ai aperçu, non je n’ai pas rêvé, un champ, un champ immense de fleurs de toutes les couleurs… Demain je ferai découvrir aux autres ce lieu magique. Il faut qu’ils voient… Il y a encore une chance, un espoir et une raison de vivre…