Apprendre par cœur nʼapporte rien. Seul le vécu permet dʼancrer lʼapprentissage et donne du sens au souvenir. Au théâtre, retenir un texte, et incarner la langue, cʼest dʼabord aller à sa rencontre comme un explorateur. On ne sait rien. Le texte a tout à nous apprendre. On a peur quʼil nous échappe, mais allons-y.

Ouvrons la porte aux secrets et à lʼinconnu. Partons à lʼaventure. Oublions le “ton”, qui nous emmène dans une voie toute tracée de lʼinterprétation ; prenons plutôt les chemins de traverse, perdons-nous dans les ruelles, arrêtons-nous un instant pour écouter les silences.

On lit et on relit à haute voix, on goûte les mots et les sons, le rythme de lʼécriture, telle une partition musicale.

Du souffle, des blancs. Des envolées, des suspensions. Un paysage, une couleur. Cʼest ainsi que le sens du texte émerge. Cela prend du temps. On se risque. On ne sait plus. On essaie autrement. Lorsquʼon commence à ressentir la langue, à respirer le texte, on commence à comprendre. Le jeu de piste est excitant : “Où, qui, quoi ? Comment, quand, pourquoi ? Ça veut dire quoi ? Ah ça voudrait dire que… ?”

Le verbe, les signes, les sonorités, tout compte. De questions en hypothèses, de tâtonnements en surprises, on saisit les enjeux, au fil des répétitions. Texte en main, on expérimente au plateau jusquʼà faire corps avec les mots. Notre propre histoire rejoint le texte, notre mémoire affective sʼen mêle et lorquʼenfin, on se dit : “demain, tu le sais !”

On se rend compte quʼon en connait déjà lʼessentiel… Mais il faut continuer : répéter, encore et encore. Certains vont écrire le texte, dʼautres, le découper en séquences, dʼautres encore associeront des gestes à la parole. Et surtout le dire à haute voix, quʼil sʼécrive dans lʼair ! La langue est vivante, et sʼenracine dans la chair de telle sorte que lʼacteur devient passeur des mots.

Valère Novarina dit : “Acteur est un mot qu’il faut renverser. Nous assistons, non à son action mais à sa passion. L’acteur est agi”.