Je suis professeur depuis sept ans. Tout en poursuivant mes études universitaires, j’ai enseigné les lettres modernes, la philosophie et maintenant l’anglais. J’ai travaillé dans de nombreux endroits en banlieue parisienne, mais aussi en Picardie et enfin deux ans au Maroc. A travers ces expériences, j’ai constaté combien le système éducatif français est fondé sur l’exclusion des élèves qui ne s’adaptent pas à son fonctionnement.

Mais l’année dernière, j’ai eu l’occasion de visionner le film de Joseph Rossetto et Philippe Troyon sur les projets menés au collège Pierre Sémard avec certains professeurs : Quelle classe, ma classe ! J’ai par ailleurs trouvé que l’apport de la psychanalyse était féconde et essentielle concernant la question des relations entre les élèves et entre les élèves et les adultes, notamment dans la mesure où la spécificité de l’adolescence est envisagée. Jamais cette question n’a été abordée à l’IUFM où j’ai été affectée.

J’ai par la suite demandé ma mutation dans ce collège, ce qui m’a permis de rencontrer l’équipe du groupe Chances. J’ai été convaincue par l’effort de réflexion de cette association. Construire un rapport différent aux élèves, un rapport plus humain qui prend en compte leur personnalité, leur singularité me paraît le fondement juste de l’enseignement. Trop souvent, dans les établissements, l’enseignement donne l’apparence de se jouer sur une scène guerrière, or je considère qu’enseigner est incompatible avec l’idée d’un forçage. J’aimerais que la question du désir d’apprendre des élèves devienne centrale, que tous les moyens soient mis en oeuvre pour y parvenir et non tout miser sur la discipline, la peur et l’intimidation.

Enfin, malgré le départ de Joseph Rossetto, Céline Baliki, Marine Lauzel et Anne Guguen, professeurs au collège Pierre Sémard, ont maintenu des projets danse, théâtre, cinéma et poésie. Ariane Dreyfus et Aurélie Turlet sont intervenues dans ce cadre. J’ai donc observé combien la mise en oeuvre de projets artistiques offrent aux élèves la possibilité de se dépasser. Les élèves rencontrent une dimension possible de leur subjectivité qu’ils ne soupçonnaient même pas. Tel devrait être le but de l’école, ce sur quoi chacun devrait réfléchir, car les possibilités sont multiples et non dogmatiques : permettre aux élèves de rencontrer le meilleur d’eux-mêmes et non le pire. Le chemin à suivre est de les aider à prendre conscience d’eux-mêmes en tant que sujet actif et responsable. Comment l’école pourrait-elle les y aider ? J’espère que de nombreuses personnes souhaiteront participer à cette quête.