Les enfants d’Héraclès

Moderne tragédie. (septembre 2009)

Le projet artistique réalisé par l’association  Chances  pour les élèves de quatrième et de troisième du collège Guy Flavien à Paris, sera conçu comme une véritable démarche de théâtre à le grecque où l’on parle sur scène de façon à ce que chaque citoyen écoute les problèmes qui sont difficiles ou impossibles d’évoquer en public : les parricides, les infanticides, mais aussi les problèmes liés à la guerre ou l’exclusion. Les Grecs pensaient que pour que la société reste en bonne santé, il fallait parler de cela. Quand il existe des choses que l’on ne peut pas dire, il faut faire appel à l’art. Seul l’art permet de trouver les mots justes et même s’ils sont provocateurs, ils ont aussi un pouvoir d’apaisement. Le théâtre chez les grecs était lié au gouvernement de la cité : c’était un secteur aussi important que l’éducation, la guerre ou la voirie.

Si dans les assemblées du peuple il était admis qu’on pouvait pas dire un peu n’importe quoi, au théâtre par contre l’exigence était opposée : les citoyens étaient rassemblés au même instant devant une scène pour entendre la vérité et parler des choses les plus angoissantes d’une société : ils le faisaient avec du théâtre bien sûr mais aussi avec de la danse, de la musique et de la poésie. C’est dans ce contexte de théâtre engagé que nous allons nous poser la question de l’accueil de l’autre, de l’étranger, du droit d’asile. Nous partirons de la pièce d’Euripide, les Héraclides.

Le projet fonctionne autour de cinq ateliers : écriture, théâtre, danse, cinéma et musique. Un voyage de 8 jours est prévu à Athènes, à Nauplie, à Mycènes et à Epidaure où nous filmerons une grande partie des séquences pour le film. Ce sera à la fois une grande fresque théâtrale et cinématographique où les notions de voyage et d’ouverture aux autres cultures occupent une place essentielle. La démocratie, la transmission de la mémoire, la centralité de la parole et du débat qui sont les points essentiels de la civilisation grecque, seront aussi les thèmes du voyage et du spectacle.

Nous partons d’une tragédie peu connue d’Euripide, Les Héraclides.

Voici l’histoire originale

Fuyant Argos où leur vie est en danger, les enfants d’Héraclès se sont réfugiés à Athènes avec Iolalos vieil ami de leur père et Alcmène, leur grand-mère. Mais Argos réclame leur extradition –  Nous avons le droit, habitant un état souverain, de faire exécuter contre nos citoyens les arrêtés de nos tribunaux  – et menace de déclarer la guerre à Athènes si les enfants ne sont pas extradés. Au nom d’Athènes, Démophon refuse de céder au chantage –  Si je les livre à la brutalité d’un étranger je ne pourrais plus prétendre d’être le roi d’un état libre – puis se rétractera parce que les dieux lui demande le sacrifice d’une jeune fille noble d’Athènes auquel il ne peut se résoudre. Il faudra le sacrifice de Macarie, l’une des filles d’Héraclès, pour qu’Athènes se batte enfin pour les réfugiés. Dans Les Héraclides, écrits voici vingt-cinq siècles, Euripide expose tous les fondements du droit d’Asile, présenté non seulement comme un devoir moral – la protection des faibles – mais aussi comme un principe fondateur de la démocratie.

La démocratie se nourrit du respect de l’autre, de la diversité des opinions, alors qu’aujourd’hui un peu partout dans le monde, le climat est à l’exclusion. C’est ce qui révolte Les enfants d’Héraclès. Dans la pièce originale, ils sont bien présents mais ne s’expriment jamais, si ce n’est Macarie qui offre sa vie à l’image des grands héros Grecs :  Je meurs pour mes frères et aussi pour moi-même. Quelle chance pour moi, qui ne tiens pas à la vie, la plus belle des chances : en sortir pour trouver la gloire ! 

Alors nous avons décidé de transposer la pièce dans le monde d’aujourd’hui, du point de vue des enfants d’Héraclès. Nous allons écrire  Nous ne sommes pas d’ici , une nouvelle tragédie contemporaine

Le projet a suscité beaucoup d’enthousiasme chez les élèves de Guy Flavien. La pièce de théâtre et le film mêlant théâtre, danse et musique, vont avoir un certain rythme, disons un rythme rock. C’est la musique que jouent un groupe d’élèves musiciens qui participent à ce projet !