Et si le cirque était une clairière dans la nuit où nous sommes tous ? Jongleurs aux yeux ouvets, trapézistes sexués, funambules vibrants, regardez-les, aussi éveillés que le Petit Poucet dans sa forêt, trouvant un chemin là où on n’y croyait pas, sans doute la terre les sent sur elle. Des humains – moi, vous, eux – s’y installent ou y passent, chaque poème trace de quoi respirer.

Un jour même, pour aller plus loin que toute seule, j’ai entrelacé mon écriture à celles de sept enfants rencontrés en atelier d’écriture.

Comme c’est étonnant de faire écrire de la poésie à des enfants très consentants !

On se demande alors ce que c’est, hors de soi ou dans soi. Et la poésie qui arrive passe à travers la peau, une sorte d’hémorragie heureuse qui fait vivre au point qu’on en oublie sa propre vie et sa propre écriture, de la poésie qui ne m’appartient pas, ou plus précisément : où je n’ai pas été toute seule.

En somme, des heures d’ahurie heureuse : certains jours (certains poèmes) ils m’ont laissée sans voix. Sans voix de voir comment quelque chose en eux chutait, ou se redressait hardiment.

Car c’est le même mouvement, selon qu’on atterrit en bas ou en haut. Ainsi ai-je vu avec bonheur le Petit Poucet se démultiplier en frères et en sœurs, toujours surprenants, jamais étrangers. A la fin du poème l’enfant prend congé, il a construit son propre départ, il sort des pages d’où sortent des chemins.