Séance 1 – Jeudi 29 septembre Aurélie Turlet

Ils sont vingt-sept. Vingt-sept tout jeunes gens avides de commencer. Rencontre au plateau.

On forme le premier cercle d’attention. L’un après l’autre, on entre dans l’espace de jeu, pour dessiner un cercle harmonieux, au sein duquel tous peuvent se voir. Regards ouverts. Ecoute du silence et des frémissements. Attention au dessin des cinquante-huit pieds sur le sol – parce-qu’il y a aussi ceux de Céline et les miens. Dans le silence, tu te nommes, c’est adressé. Quand deux personnes se nomment en même temps, on recommence à zéro. Le jeu se termine quand chacun s’est nommé. C’est impossible ? C’est pour cela que l’on va y arriver. Nous sommes presque trente à jouer, cela prend du temps pour que ça marche. Si nous n’y arrivons pas aujourd’hui, cela n’a pas d’importance. Mais essayons de nous écouter. Mets du sourire dans ton prénom. Donne le plus fort et plus loin. Reste vigilant. Sois prêt. Timides, petites voix enfouies au fond des gorges… Se dire, pour les autres, simplement se dire, c’est déjà tant.

Maintenant tu vas offrir ton prénom à quelqu’un dans le cercle : c’est un cadeau. Précieux ? modeste ? important ? provocant ? Ce cadeau raconte quelque chose de toi. C’est un cadeau qui s’entend. Pas d’autres mots encore que ton prénom et toutes ses sonorités. L’autre le reçoit puis offre le sien. Puis à son tour, se dirige vers un autre membre du cercle. Pas encore facile de jouer avec un mot un seul. Les cadeaux s’offrent et se ressemblent. Certains tentent des couleurs, d’autres restent dans la mécanique de l’échange ; et les rires nerveux secouent les épaules du simple fait de regarder l’autre dans les yeux ou d’entendre soudain une voix qui se découvre.

Passe à ton voisin : un frappé des mains. Le jeu s’instaure, passage de l’impulsion dans un sens puis dans l’autre, à travers le cercle, puis on ajoute de nouvelles règles (je passe : retour à l’envoyeur, je bloque : tout le monde change de place dans le cercle sans bruit et sans se toucher le plus vite possible, mais si, c’est possible). Adresse ; sois précis ; regarde ; respecte le rythme et initie-le. Ça marche bien. Cela demande d’être très généreux, très vigilant : nous saurons faire mieux.

Après cette première mise en jeu, une mise en énergie : réveil du corps de la tête aux pieds. Rotations / étirements / coordination / équilibre… Training en musique où les mouvements sont aussi vocalisés. Toujours en cercle, attentifs à être ensemble, à impulser les mouvements dans l’air, les yeux vifs, du plaisir, du sourire, du jeu déjà dans l’exercice du corps et de la voix.

Puis on investit l’espace : équilibre du plateau qui se fait et se défait. Changements de rythmes, de directions ; ne pas se toucher, ouvrir ses yeux et aussi ceux du dos ; ça circule. Vite, plus vite ; tu cours presque. Ne bouscule personne ! Laisse-toi porter par la musique. Des pauses : remplis les vides de l’espace. D’autres poses : joue quelque chose avec la séduction, puis quelque chose avec la peur. Fais peur : impressionne, juste avec le corps tout entier dans le regard. La caricature de la peur ne nous fait pas vraiment peur. Si tu fais peu et affirmes ce peu : c’est plus fort.

Nous commençons ensuite un travail sur la créature – un premier choeur. En deux – grands – groupes.

Mettre en mouvement le corps pour soi d’abord : mobilité progressive dans toutes les directions. Les articulations s’activent, on les huile, on anime l’ossature ; d’abord sur place puis dans l’espace, l’air est matière et le corps dessine des lignes dans l’air. Le mouvement est trajet : il naît, parcourt, arrive à un endroit, emmène vers un autre. Tout le corps respire et toutes les articulations sont mobiles.

Assouplir, activer, laisser circuler l’énergie. On élargit l’espace, puis on le rétrécit, jusqu’à évoluer très proches les uns des autres ; On s’arrête, lorsqu’on entre en contact avec un autre. On ne bouge plus, si, on se rapproche encore, on se relie, tous, surfaces de peau en contact plus larges et poids qui se cherchent. De ces points de contact reliés entre eux, on essaie d’animer un corps constitué de plusieurs corps : les impulsions des uns et des autres (petites, toute petites, prenons le temps, ça va trop vite) circulent d’un corps à l’autre. Comment les recevoir ? Il faut continuer sa propre trajectoire de mouvement tout en étant impulsé par les autres.

Sentir le corps commun. Ne pas se perdre. Accepter d’être très proches.

C’est difficile. Cela demande encore trop de lâcher-prise et d’écoute par le sensible. Il faudra le refaire par petits groupes de cinq ou six. Je demande que l’un d’entre eux devienne le centre, le ventre de la créature : c’est elle, c’est lui qui impulse un mouvement qui va se propager comme une onde. Mais cela va trop vite encore, le mouvement devient juste un balancier, et la créature vague mais peine à exister.

Avec le deuxième groupe on enlève les points de contact qui nous relient pour évoluer juste ensemble, très proches ; on ajoute une qualité de mouvement : aquatique. La créature devient une anémone de mer. Un centre, des branches multiples. On essaie de déplacer la créature dans l’espace. Toujours difficile de se connecter. C’est normal, c’est très nouveau pour tout le monde.

Nous reprendrons ce travail, avec d’autres qualités de mouvement. Créature de souffle et de vent… créature rampante au plus près de la terre… et nous y ajouterons des sons, des respirations.

Plus tard si ce travail avance bien j’aimerais que l’on invente un choeur en colère : une colère sourde, qui gronde et grandit. Une colère qui peut faire barricade et faire silence. Celle par exemple, de la foule de gamins et de femmes qui s’opposent aux gardes pour libérer Antigone. Nous pourrons travailler aussi un choeur de plainte et aller vers la fureur du cri, celui d’Antigone qui sur l’Agora, vient mendier pour pouvoir soigner les malades et les pauvres pris dans l’horreur de la guerre.

Il y aura plusieurs Antigone dans notre projet et nous aurons à inventer comment elles se relaient. Ainsi nous pouvons rêver à un choeur d’Antigones, un noyau puissant et organique dont pourra s’extraire l’une ou l’autre au fil du récit.

Pour finir la séance, l’un d’entre vous peut-il venir, seul, sur le plateau ? Seul ??? Les regards restent bienveillants, n’est-ce pas. Celui qui vient ici est courageux et prend des risques ; alors on l’accompagne. Demain ce sera à toi, à toi.

Donc, peux-tu nous raconter un souvenir de ton enfance, avant dix ans, où tu as bravé un interdit ? Personne ne se bouscule, murmures dans l’assemblée repliée le long du mur. Pierre veux-tu y aller ? Je n’ai rien à raconter. Tu es sûr ? Finalement Pierre raconte un petit souvenir, je l’invite à donner plus de détails, à laisser le souvenir ressurgir et se rejouer. Mais il ne veut pas aller trop loin sur ce terrain, ce n’est pas grave, ça viendra plus tard, une autre fois. Est-ce que trois d’entre vous qui ont été très attentifs peuvent venir au plateau ? Vous allez vous souvenir de son souvenir et le donner à voir. Deux garçons jouent Pierre, l’un dans toutes les actions au présent, l’autre dans la géographie des lieux qu’il a parcouru ; Julie invente la mère qui revient à la maison et ne trouve pas Pierre. Le récit se re-raconte dans la chronologie, chacun doit trouver le bon moment pour relayer la parole. Ça se passe, comme une première fois, un peu sage. Apprendre à relayer la parole ; exister tout entier dans un chœur, pour soi et totalement avec les autres. C’est un fonctionnement que nous pourrons explorer pour les choeurs futurs, en tous cas, une manière d’aborder un récit à plusieurs voix.

Nous poursuivrons je l’espère ces improvisations au mois de novembre. Voulez-vous penser à un souvenir fort, où la transgression a eu des conséquences importantes dans votre vie et a pu changer une petite chose en vous-même. (Joseph qui a de magnifiques souvenirs d’interdits bravés et d’impertinences héroïques nous fera peut-être le plaisir de nous en raconter un)

Tout cela est encore timide mais l’envie est là, le groupe naissant fourmille. Il faut que les vécus et les singularités s’affirment et mûrissent. De par l’automne tiède peut-être que l’Antigone de chacune et chacun va grandir, pousser doucement vers la lumière blanche de novembre… D’ici là belles traversées…

Séance 2 – Jeudi 6 octobre Delphine Bachacou

En introduction, Joseph rappelle que le chemin sera riche mais difficile, que l’engagement sera nécessaire pour que vive Antigone, qu’elle prenne corps et mots et que ses contours se dessinent avec justesse, pour chacun et ensemble.

Nous nous retrouvons ensuite sur le cercle, les mains se rencontrent et ma main droite se dépose dans celle de Mathilde qui est en fauteuil roulant. Je sens à la fois sa fragilité et son grand désir d’être là. Peut-être entend-elle au creux de ma paume, le plaisir que j’ai à les rencontrer et la peur qu’est la mienne de chercher pour eux et avec eux le plus juste chemin de cette Antigone ?

Je démarre ce temps de découverte et de rencontre avec deux idées en tête : ➢ Ouvrir le chemin de la présence à soi et aux autres à travers l’exploration des fondamentaux du mouvement. ➢ Explorer le toucher à travers deux qualités : la main qui combat, la main qui soigne.

Sur le cercle, nous prenons le temps de déposer nos pieds, de sentir le contact de la peau sur le sol. Laisser l’empreinte, sentir que le squelette se construit au-dessus et que le sommet de mon crâne (et pas mon menton !) poursuit vers le ciel. Je trouve ma place entre la terre et le ciel et trouve naturellement ma condition d’Homme.

Sur le cercle, nous offrons comme la semaine dernière nos prénoms. La balle se passe de l’un à l’autre et chacun donne un peu de sa voix. Dans l’autre sens, nous repassons, pour que l’attention soit plus grande et que la qualité de la voix et du geste s’affine. Nous éclatons le cercle dans une marche qui nous guide partout dans l’espace que nous essayons d’équilibrer. Nous revenons sur le cercle, à un autre endroit. Et puis, les uns après les autres, on dit son prénom en regardant celui à qui on veut s’adresser. Puis on nomme celui que l’on regarde comme si on lui lançait la balle. A lui de prendre le relais et ainsi de suite. On apprend à regarder et à diriger son attention. On poursuit ce chemin mais cette fois le prénom est accompagné d’un geste.

Nous poursuivons dans l’espace avec la marche. Nous nous lançons la balle puis plusieurs toujours en nommant nos prénoms. Puis, un arrêt et chacun prend conscient qu’il est inscrit dans une bulle (kinésphère). On joue à ne pas toucher les bulles des autres et à équilibrer ainsi l’espace. Je joue au  mauvais camarade  et tente d’entrer dans chacune des bulles. Ils doivent m’éviter, protéger leur espace tout en conservant assez d’acuité pour ne pas entrer dans l’espace des autres. Ils rient. Ils se détendent ! Nous jouons à nous arrêter et à repartir ensemble. Nous jouons à passer entre deux personnes en laissant l’espace respiré puis nous rétrécissons l’espace sans se toucher, tout en poursuivant les arrêts et les démarrages ensemble. Ensuite, les arrêts s’accompagnent de quelques parties du corps en contact et le groupe s’unit. On entre en contact avec les mains puis avec d’autres parties du corps. Nous reprenons l’ensemble de l’espace et décidons de nous arrêter à l’endroit qui est le mieux pour chacun. Nous écoutons les respirations, les pieds dans le sol, nos respectives constructions de la terre au ciel.

Nous repartons sur la marche. Chacun fait des propositions en fonction des verbes d’action qui sont cités : éviter, sauter, rouler, tourner, frotter, frapper (seul), être frappé (seul). Nous nous arrêtons sur ces deux dernières actions et commençons un travail par deux. L’un donne un impact à l’autre avec la main, léger et sans force. L’autre laisse résonner cet impact dans son corps. Nous essayons ensuite ce jeu d’impact léger, très lentement puis les impacts se densifient et enfin nous pouvons donner cet impact avec d’autres parties du corps. Les rôles s’échangent d’abord par un signal que je donne et ensuite alternativement dans un jeu entre eux. Les duos passent sous le regard de spectateurs (4 duos ensemble). Je donne des règles du jeu pour créer de courtes saynètes (comment entrer dans l’espace, comment construire le duo et comment finir). Nous insistons sur le moment  juste avant  d’entrer sur scène, sur ce nécessaire moment de silence et d’immobilité qui permet ensuite de jaillir. Comment faire taire le mouvement à l’extérieur alors que la vie continue à l’intérieur ?

Les qualités sont belles pour une première. L’écoute vibre et il y a là de quoi imaginer et construire de bien beaux combats poétiques et sensibles. Nous tentons de travailler sur le souvenir et la trace du combat dans les corps mais c’est encore fragile.

Après la main qui combat et qui impacte, c’est à la main qui soigne de prendre le relais. Par deux, encore, mais avec un autre partenaire, les mains se posent sur le camarade, délicates et écoutant la blessure. Puis soigné, le camarade peut se défaire des mains avec la même qualité d’attention et aller poser à son tour les siennes. Ainsi de suite… Les corps sont en apesanteur et bienveillants. Nous essayons maintenant d’englober l’autre, pas seulement avec les mains mais avec une plus grande surface de corps. Et encore, nous expérimentons… les mains se posent dans l’espace et le  blessé  vient s’y lover. Nous montrons encore en deux groupes pour que le regard de spectateurs s’affine et que l’on prenne l’habitude d’être sous le regard et d’assumer ce que l’on fait. Pas si facile encore dans cet exercice.

Pour finir, se retrouver sur le cercle et faire passer l’onde. Encore une autre qualité de toucher pour mieux se rencontrer et tendre vers 26 qui font 1.

Le groupe n’a fait preuve d’aucune résistance face aux propositions alors même qu’il s’agissait de travailler sur le toucher dès cette première rencontre avec la danse. Les premières danses ont jailli joliment. Le travail sur le combat peut se poursuivre me semble t-il dans le sens où il a été amorcé et peut aboutir à un beau moment dansé. Les mains qui soignent et les duos qui peuvent en émerger peuvent aussi être un sujet de travail à développer.

Séance 3 – Jeudi 13 octobre Maud Ivanoff

Petit temps de parole de Joseph pour accueillir les dernières venues : ils sont 28 aujourd’hui, je crois, ou 29. Joseph leur rappelle qu’il a accepté une jeune fille en plus parce qu’elle avait fait sa demande très tôt dans l’année. Il a dû en refuser d’autres. Je sens quelque chose de l’ordre de la fierté, du privilège d’être là, planer dans la salle, ce qui est plutôt bon signe pour la suite. Nous accueillons également parmi nous Mara, une jeune femme de 23 ans, comédienne, qui suit différents projets dans le collège cette année. C’est un grand groupe, plein d’envie, qui, en cercle, se lève et se donne la main pour un premier contact, yeux fermés. Mathilde à ma droite est toujours en fauteuil, mais particpipera à tous les exercices à sa manière.

Je commence la séance avec deux objectifs en tête :
- ouvrir les voix (explorer tous les sons possibles, peut-être quelques mots), et les entendre individuellement
- travail sur les sensations qui font vibrer nos corps (celles réelles du présent, pour aller vers celles imaginaires que l’on va incarner), et notamment la douleur physique, qui est très présente dans Antigone.

Passage d’onde. Etre à l’écoute de l’espace, de soi et du groupe. Yeux fermés, on écoute le tumulte des bruits extérieurs (enfants qui jouent, ambulance, voiture), ceux de la salle (respiration de son voison, bruit de vêtement), puis ceux à l’intérieur, qui bourdonnent peut-être, le cœur qui bat. On porte son attention sur ses mains, en contact avec son voisin, est-ce que c’est chaud, froid, agréable, est-ce que je sens son poul ? Puis commence un passage d’onde, qui a du mal à traverser tout le groupe. Excitation, bruissements. Je rappelle que nous sommes un seul groupe racontant la même histoire tout au long de cette année, et que cette onde est le signe que l’on est ensemble à l’écoute. On ne peut pas commencer la séance si cette onde ne passe pas entre nous. Une première onde traverse parfaitement le groupe, une deuxième dans l’autre sens puis les deux sens en même temps. Ils sont là, comme un seul.

Echauffement du corps. Sentir son corps des pieds à la tête. Petite douche energétique pour réveiller toutes les partis du corps en commençant par les pieds et en finissant par un massage du visage et du crâne. On lance les bras et les jambes vers l’intérieur du cercle pour se débarrasser des tensions de la journée. Et on fait vibrer tout son corps avec un son qui se déforme avec le mouvement vibratoire. Ça les fait rire et les inquiète en même temps. C’est un peu ridicule, est ce que j’ose faire ça aussi ? Je les y invite. Oser être ridicule sera mon cheval de bataille de cette séance. Certains se lancent, d’autres esquissent…

Marche dans l’espace. Explorer les sensations de son corps en mouvement. Regards ouverts, alertes, être conscients des autres sans se toucher, de l’espace qu’il faut équilibrer. Nous essayons diférentes vitesses, en étant particulièrement attentifs à la sensation des pieds sur le sol qui nous soutient. On essaie différentes vitesses en marchant sur la pointe des pieds, en frappant le sol très fort, en marchant sur les bords externes, internes, les talons (eh oui, cela fait des démarches ridicules, cetains n’osent pas encore trop s’y aventurer). Puis on reforme un cercle le plus tranquillement possible.

 Position neutre . Là où tout circule, là où tout peut naître, là d’où tout est possible  les pieds sur terre, la tête dans les étoiles  : les pieds écartés de la largeur du bassin, ancrés dans le sol, le poids qui s’enfonce dans le sol, bras le long du corps (ces bras dont on ne sait pas encore quoi faire et à qui il faut donner le droit de ne rien faire), la colonne qui s’étire vers le ciel, libre, le cou léger. Détendu, ça respire, ça circule. De cette  position neutre  pourra naître tout mouvement, tout personnage, toutes démarches, toute energie. Tout devient possible. On y reviendra régulièrement.

Vibration des voix. Par où passe le son dans mon corps ? Notes tenues et glissando. On s’amuse bouches fermées à faire des notes tenues , graves, aigues, médium, et à sentir quelle partie de mon corps vibre. Mains sur le buste, le ventre, le visage, le crâne. Pas facile de sentir, c’est normal, chacun a des endroits qui vibrent mieux que d’autres. Nous commençons à projeter des  Mmmaaa , graves, aigus, médium.

J’introduis ensuite ce qui pourra être un outil futur (pour des échauffements ou même des exercices) pour la voix mais aussi pour le corps : le langage du Soundpainting, que Delphine connaît aussi et que nous pourrons vous transmettre facilement si besoin. L’idée est de proposer, grâce des gestes, des consignes précises. Nous essayons des notes tenues, des changements de volumes, des glissando (glissandi devrais-je dire). Je suis un peu perdue dans ce grand groupe que je sens à ce moment dispersé, timide. Je sens que certains se cachent dans la masse, que les voix n’osent pas aller dans les aigus, ni dans les sons forts.

Travail à refaire plus tard en essayant plus d’écoute, sonner ensemble, éventuellement trouver un bel accord ensemble, chanter vraiment etc Peut-être un bon outil pour faire travailler une chanson, plus tard. Nous reviendrons une prochaine fois au soundpainting, pour l’heure essayons déjà d’oser produire des sons.

Sons et mouvements. Investir le corps et la voix en même temps. Etre précis. Oser être grand large, ridicule parfois.

Tout d’abord imitez moi : je lance un son et mouvement (comme si le mouvement qui traverse tout mon corps est accompagné d’un son correspondant), vous l’imitez. J’essaie de proposer des choses très variées, très larges, du coup, parfois un peu ridicules. Rires, moues de  oh non , mais tous ensembles, ils osent. Ce n’est pas toujours très précis. Cette fois, nous allons faire des tours : je propose un son/mouvement à mon voisin, qui me le refait, puis en invente un autre pour son voisin, qui le reproduit, puis en invente un nouveau, etc Nous commençons les premiers tours avec des propositions les plus larges et fotes possibles. C’est souvent petit, timide, les mains suivent, mais pas jusqu’au bout et souvent les bustes et jambes restent inertes. Recommence, soit pour être plus précis dans la restitution, soit pour oser élargir ta proposition. Plus fort, plus large ! Affronter le regard des autres, qui inquiète même s’il est bienveillant, trouver du plaisir dans le fait de faire rire des autres, oser sortir du lot en cherchant le bizarre. Pas facile. Nous continuons avec des gestes très petits et très précis (une seule partie du corps), et le son correspondant. C’est mieux, mais au fur et à mesure, ce sont essentiellement les mains qui s’animent. Essayer aussi avec le reste du corps.

Prénom et mouvement. Faire sonner les sons des mots, qui traversent tout le corps. Idem cette fois avec son prénom, que l’on déforme à souhait, en l’inscrivant dans un mouvement le plus large possible. Je commence. Rires, yeux éberluées de ma proposition.  Il faut que je refasse ça ?  Oui, c’est le jeu. Nous sommes entre nous, c’est le moment où jamais de déformer, transformer, oser le plus bizarre que vous ayez jamais osé avant, alors allons-y. Nous commençons à nous amuser. Le plaisir du jeu comence à naître chez certain qui tentent de drôles de choses.

Adresser quelque chose de précis à quelqu’un. Etre plein d’une intention sur le plateau.

Maintenant, cette déformation son/mouvement de votre prénom, vous allez l’adresser à quelquun : je traverse le cercle jusqu’à la personne et lui adresse. A son tour, elle va vers quelq’un, etc… Premier tour avec des corps errants, indécis. C’est l’occasion de reintroduire la notion de plateau. Au centre du cercle, c’est la scène. Espace sacré où le quotidien n’existe pas. Tout devient significatif pour nous, c’est un lieu où tout prend sens, où tout est plus large que dans la vie, parce qu’il est regardé. On ne peut pas y entrer en errance. De sa place on choisit 1 personne et une intention (comment je vais lui dire cela : c’est un cadeau, c’est un secret, c’est une insulte, c’est pour lui faire peur, pour l’amadouer, etc), ensuite on le fait, et on revient à sa place dans la même energie. Tenir sa proposition jusqu’au bout. Chacun peut choisir son prénom ou un prénom imaginaire, un son que vous aimez bien. Amusez-vous. Tout à coup les propositions sont plus claires, parfois timides (il faut souvent les pousser à affirmer plus. Plus fort, plus large), mais il y a des choses très étonnantes qui surgissent : des personnages, des démarches, des energies, des subtilités (oui la timidité peut être une belle proposition, il faut l’affirmer comme telle et en jouer plus). Le plateau est vivant tout à coup, traversé par des corps pleins. Disons pour la plupart, parce qu’il y en a encore quelques uns qui sont très timides qui ont du mal à sortir de leur corps, comme la petite Amélia pour qui le plaisir d’être vu n’a pas encore émergé.

C’est l’occasion de parler de la violence sur un plateau, puisque 2 garçons ont proposé d’aller  agresser  un autre : le premier se dirige vivement vers un autre, le prend par le col et lui hurle son prénom, et retourne à sa place d’un pas décidé. Cela est très surprenant, très osé, très plein, et semble maîtrisé (plus ou moins) ou en tout cas on sent l’amusement du jeu. Un deuxième refait le même genre de proposition en allant  étrangler  le même garçon : je sens une volonté de faire rire les autres, d’impressionner son partenaire, qui pour la deuxième fois reçoit ce genre de proposition, bref, et il y a quelque chose de violent dans le contact et dans le vrai rapport hors  jeu . Oui, c’est une proposition intéressant d’oser ressentir de la violence envers un autre personnage et de la laisser sortir, mais toujours dans la complicité de  jeu . Jamais sur un plateau on ne fait mal à son partenaire. Surtout quand on en vient à le toucher, le partenaire doit être comme un bébé dont il faut prendre soin. S’il est écrit qu’un personnage pousse violeement un autre, en vrai, on le touche à peine (voire on l’aide à tomber sans se faire mal) et c’est celui qui tombe qui jouera très bien la chute et la douleur.

Ce premier essai de parole m’a agréablement surpris après autant de timidité dans les premiers exercices de son et mise en mouvement. Nous poursuivrons sûrement cette exploration du son /mouvement, et de parole/mouvement, même si nous restons pour l’instant dans un rapport de jeu non réaliste.

Il est dèjà 18h30, ça passe trop vite ! Passons à autre chose.

Retour au corps seul avec le travail des statues Marche dans l’espace, au clap on s’arrête dans son mouvement, on essaie de mémoriser cette statue de notre corps dans l’espace. Avoir conscience de tous les membres de son corps, sentir son corps. Marche à nouveau, et hop on reforme sa statue là où on est. Etre précis. Ensuite quand je dis un chiffre, par exemple 4, le plus tranquillement possible on fait un groupe de 4 et on fait une statue commune. Marche à nouveau. Et hop on reforme la statue à 4 avec les mêmes personnes. Excitation dans l’air, chuchotements, rires étouffés, les corps s’éparpillent dans l’espace. Nous reprendrons cela une prochaine fois, je vais plutôt aborder les sensations du corps par un autre biais :

Lâcher prise au sol. Explorer les sensations du présent. Retrouver celles du passé. Travail sur une Douleur imaginaire.

Au sol, yeux fermés : exploration de son lâcher prise dans le sol (de la tête au pied), des parties qui touchent le sol ou pas, des sensations que l’on éprouve ici et maintenant (chaud, froid, vent qui passe sur le visage, battement du cœur, etc). Puis se souvenir de sensations passées (chaud sous le soleil, vent glacial qui giffle le visage et tout le corps, goût de citron acide, goût de son gâteau préféré, bruit de craie qui grince, et une blessure très douloureuse que l’on a eue). Chercher exactement où et comment cette douleur raisonne dans le corps, pour soi, sans le raconter à son voisin, ni le montrer, juste vivre la sensation. C’est très beau de se promener entre ces corps qui vibrent, se tendent, de détendent, grimacent ou soupirent au fil des souvenirs, comme traversés par eux. Etre aussi juste que ça sur scène serait magnifique.

Puis, on invente une douleur que l’on a jamais eue. On choisit un endroit de son corps et on essaie de sentir cette douleur imaginaire, que je fait passer de 1 à 10. Nous allons explorer cette douleur en nous levant, les yeux ouverts, puis en marchant dans l’espace. Ce n’est pas du tout réaliste, cette douleur qui apparaît et disparaît, mais c’est une exploration où chacun peut essayer des choses à différents degré (à 1 elle est à peine visible, à 5 elle est forte, 10 elle est insoutenanble) et comment cela modifie le corps, comment une douleur à un endroit précis peut avoir des conséquences dans tout le corps. A 5 peut-être que l’on est tordu un peu par la douleur, à 10 c’est très difficile de continuer à marcher.

En demi groupe, nous explorons une traversée du plateau avec cette douleur qui évolue à des degrés différents. A 10, ils sont presque tous au sol. Comment y sont-ils descendus ? est-ce crédible ? Pour l’instant l’heure est à la recherche et non à l’efficacité, ils essaient des choses, plus ou moins maladroitement, je les laisse faire. La question pour celui qui regarde est quand est-ce je ressens aussi la douleur. C’est très subtil, c’est quand elle est sentie, nourrie par l’acteur et non quand elle est seulement montrée, mécanique. Il y a eu des chutes lentes par des corps tordus de douleur qui sont touchantes, d’autres, disproportionnées par rapport à la vraie sensation, qui nous ont fait sourire. Nous en resterons là pour l’instant.

Il y a un travail intéressant à faire autour du ressenti de la sensation de la douleur, non seulement pour les scènes avec les malades ou les blessés, mais aussi pour le personnage de K qui est malade dans Bauchau et que je trouve éventuellement intéressant de garder malade, ou Hémon qui revient du front avec une blessure. Cela peut donner des appuis de jeu intéressants. La douleur physique peut aussi être un bon appui pour nous dans le travail de scènes où il y a des douleurs émotionnelles, pour aider ces jeunes comédiens en herbe à les sentir dans tout leur corps et pas seulement dans les mots.

Fin sur un mot de Joseph, qui rappelle que la pièce est ambitieuse, difficile et qu’il y a encore des  enfants  dans le groupe, qui ricannent ou n’osent pas faire les consignes demandées. Il faut y aller et faire ce que l’intervenant propose le mieux, le plus possible, pour pouvoir jouer cette pièce. Petit mot sur les musiques et les musiciens. Sur les costumes à préparer pour la rentrée et à amener au stage.

Fin sur un dernier passage d’onde, en cercle, yeux fermés, pour se dire au revoir.